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Khroustaliov, ma voiture!

--> Film russe d'Alexei Guerman, 1999

Ayant manqué sa sortie cinéma, il m'aura fallu attendre exactement 10 ans pour voir enfin...


Réalisé par Alexei Guerman, Khroustaliov, ma voiture!  est un film dont il est difficile de parler. Il est généralement qualifié de "comédie dramatique", et c'est vrai qu'on rit beaucoup, au moins autant qu'on en a peur.
Le postulat de départ, résumé par un texte défilant en ouverture: dans la Russie stalinienne de 1953, juste avant la mort du "Chef et Guide", l'antisémitisme fait rage et la paranoïa va bon train. Accusé d'avoir participé au "complot des blouses blanches" (fabriqué de toutes pièces comme tant d'autres), le général (et médecin militaire) Youri Glinski va vivre une singulière descente aux enfers.

De là, le film déroule son histoire avec une somptueuse maestria, dans un bordel absolu (mais en fait très organisé) et un noir et blanc un rien crasseux des plus seyants. Je n'ai pas la prétention d'analyser ici les techniques employées par Guerman pour rendre la paranoïa et la schizophrénie endémiques de cette période (par le montage, le jeu des acteurs, les dialogues, la superposition de motifs et l'agencement des décors), mais le fait est qu'il y parvient et que l'état pathologique décrit dans le film finit par contaminer physiquement le spectateur.

Pour faire simple, la représentation du chaos dans Khroustaliov fait passer les scènes de désordre des films de Kusturica pour des adaptations limpides de Oui-oui.
Le film parvient à rendre cette atmosphère de non-sens, de folie furieuse en agitant ses pantins de manière frénétique, "comme des crapauds déjà morts en proie aux derniers spasmes", et le vertige culmine de décision définitive en contre-ordre de dernière seconde, de torture indicible en embrassades rédemptrices...et passagères. Khroustaliov ne parlera sans doute pas à tout le monde, car rarement un film aura à ce point épousé son sujet (la folie du stalinisme), au point de passer lui même pour fou et incohérent, et je n'ose imaginer le travail monumental (de reconstitution puis de montage) nécessaire à cette minutieuse opération d'hypnotisme.
Quand on pense "travail monumental" et "hypnotisme", on pense à L'Arche Russe de Sokurov...et Khroustaliov, c'est un peu L'Arche Russe à l'envers.


Je tombais par hasard sur ce texte du philosophe Slavoj Zizek, auteur d'une théorie du cynisme qu'il illustre avec l'évocation du stalinisme de cette période, qui résume en peu de mots le caractère schizophrène du régime:

"[...] un attachement obsessionnel à un mensonge, quel que soit le prix à payer. Telle est l'obsession du stalinisme. Nous savons tous que des luttes terribles étaient menées dans les coulisses du parti. Pourtant, à n'importe quel prix, il fallait conserver l'apparence d'un parti uni. En réalité, personne ne croyait vraiment à l'idéologie totalitaire. Tout le monde maintenait avec elle une distance cynique et chacun pensait au fond que personne n'y croyait. Pourtant, les citoyens continuaient à agir activement pour construire une société socialiste, à soutenir le parti, et toute cette construction factice."

...dont Le tombeau d'Alexandre, documentaire magnifique de Chris Marker sur le cinéaste soviétique Alexander Medvedkine, nous rappelait encore à quelle vitesse elle allait s'écrouler à peine le monstre enterré.

Ecrit par antonz, le Jeudi 29 Janvier 2009, 20:22 dans la rubrique "archives".

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Commentaires

Bonjour

Anonyme

11-02-12 à 18:51

Bonke,
J'ai lu votre critique, je recherche ce film entre aperçu sur canal + il y a dix ans, savoir vous où je peux l'acquerir ?

Bien à vous